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5 novembre 2019

Quand bonne intention rime avec danger….

Au début de l’été, plusieurs bébés animaux se retrouvent dans la nature environnante, côtoyant nos espaces quotidiens. Il peut s’avérer invitant d’observer ces petits êtres vivants débutant leur vie. Nous avons quelquefois l’impression qu’ils sont abandonnés ou seuls face à une nature sans pitié et notre réflexe est de les secourir. Ne voyant pas la mère dans les parages, nous croyons qu’ils sont perdus ou condamnés.

L’anthropomorphisme nous incite à croire que la mère devrait être constamment disponible et à proximité de sa progéniture, mais il n’y a que l’humain qui est si dépendant en début de vie. Les animaux évoluent et grandissent plus vite que nous. Donc avant de récupérer ces petits bébés dans un but de sauvetage, laissez-moi vous énumérer les risques à effectuer ce genre de comportement.

D’abord, vous devez savoir que la garde de la faune sauvage est illégale au Québec. Ensuite, en prenant sous votre aile un animal sauvage en bas âge, vous lui enlevez toute trace de crainte envers l’humain. Il sera donc un animal qui ne pourra jamais être fonctionnel en nature, car il recherchera toujours la présence de l’humain. Il s’approchera inévitablement à l’âge adulte des habitations et tentera de rentrer en contact avec ses « pairs » auxquels il s’est identifié. Les humains le voyant ne sauront pas qu’il est apprivoisé et pourront tenter de le capturer ou de l’abattre.
Si vous manipulez ou transgresser l’espace du nid pour flatter ou prendre un bébé, la mère pourrait avoir le réflexe d’abandonner définitivement et réellement sa progéniture. Vous laisserez des odeurs qui mettront en véritable péril la survie des bébés. La mère sentira les odeurs intruses et fuira.
Chez les animaux, surtout les proies, la mère semble souvent invisible. Elle peut allaiter ou venir au nid 1x/jr, le matin à l’aurore. Les lapereaux par exemple fonctionnent ainsi. Le lait de la lapine est hyper riche en gras, c’est le plus gras des laits maternels et ainsi, les bébés sont rassasiés toute la journée.
Ce n’est pas parce qu’un bébé est au nid qu’il ne peut être parasité ou porteur de bactéries nocives pour la santé humaine. Le raton laveur par exemple est un porteur asymptomatique d’un ver intestinal nommé Baylisascaris Procyonis qui peut créer une maladie systémique grave chez l’humain. N’oublions pas que le raton est un porteur de rage également et que par le léchage seulement, le virus peut se propager.

Il est risqué de manipuler la faune sans expertise. Si vous avez l’impression qu’une progéniture est réellement en danger de survie, il est plus sûr de contacter une entreprise privée pour les récupérer ou le Ministère de la faune. Selon l’espèce recueillie, certains refuges existent également pour leur réhabilitation. L’UQROP est un organisme sans but lucratif qui récupère, traite et réhabilite les oiseaux de proies depuis plus de 30 ans. Son siège social est à St-Hyacinthe, annexé à la Faculté de Médecine vétérinaire. Il survit grâce aux dons des membres et ne reçoit aucune subvention gouvernementale. Réfléchissez y bien avant d’agir!

Dre Valérie Desjardins, m.v.